Par cette nuit oppressante, je ne me sens pas infidèle. Juste laconique.
Mensonge par omission? Oui. Je te laisse tout imaginer sous prétexte que je laisse tout sous entendre et ne pose aucune limite à tes hypothèses.
Suis-je normale? Autant demander alors "fais-je partie de la moyenne globale des gens de mon espèce?":
La réponse est OUI.
Suis-je anormale? Autant se dire qu'étant moi-même être humain à part entière, je vis avec mes paradoxes.
La réponse est OUI.
Tu me demandes à qui je parle. A qui je m'adresse quand je rédige cet article. Qui est ce "tu"?
Je pense que tu connais la réponse. Elle est en toi, et en chacun de nous.
Si tu ne te sens pas concerné quand une petite fille prie Dieu, c'est que tu ne te prends pas pour Dieu.
Si tu te sens concerné quand je te fais un clin d'oeil, c'est que tu te prends pour mon compagnon.
La réponse est dans ton camp.
Sous mes apparences de déséquilibrée, je gère les mouvements perpétuels qui me balancent, çà et là, d'avant en arrière, de la vie réelle à Everworld.
Je vis aussi intensément dans un monde que dans l'autre. Et je suis présente dans chacun d'eux à chaque moment.
Je ne connais pas Everworld par coeur, mais je peux dire que je m'y connais. Tout comme je connais ce monde dans lequel toi et moi vivons, mais que je suis incapable de définir avec précision.
La vie n'est plus sûre, ni plus facile, d'un côté ou de l'autre.
Mais ce qu'il faut savoir, c'est que les sens sont décuplés là-bas, et que l'environnement suggère des choses qu'on n'imaginerait pas ici.
Les fous savent-ils qu'ils le sont?
Je sais ce que les gens pensent de moi. Ou tout au moins, quelle peut être leur réaction mentale en lisant mes mots. Je dois avoir un problème.
Le fait est qu'en fait, je n'ai aucun problème.
J'ai vécu dans ma vie bien des situations qui auraient fait perdre la raison à plus d'un. J'ai des miliers de raisons d'abandonner mes études, de fuir la cellule familiale, le pays natal, de foutre en l'air mon instruction. J'ai vu des choses qui ne sont relatées dans aucun livre.
Mais voilà, je suis ainsi faite que je prends toujours soin de moi. Je suis toujours à l'écoute de ma raison et de ma folie et me laisse toujours guidée par elles. Cela faisant, je règle seule des problèmes épineux.
Sans personne pour me tenir la main.
Pourquoi ai-je besoin des autres, dans ce cas?
Pour exister, évidemment.
Je pourrais certes écrire ces mots dans un cahier personnel. Mais l'anonymat n'avance à rien. On rumine sans cesse ces propres idées, sans jamais avoir le commentaire d'une tierce personne, qui verrait d'un regard neuf des pensées désordonnées.
Un peu de lumière dans mon capharnaum. Voilà tout ce que vous pouvez m'apporter.